J'ai remarqué une chose, un jour.
Plus une chose est racontée crument, froidement, médicalement, mieux elle est comprise.
Le trop d'émotion brouille le jugement, l'émotionnel relègue le rationnel aux cuisines et le message en lui même est toujours mal compris. Même lorsque le sujet mérite d'être pris avec de la compréhension et de l'empathie (comme le sujet humain) j'ai constaté que s'il n'est pas pris avec distance, il est pris de front, donc de travers.
Le sujet présent étant moi même, je peux me permettre de le présenter de la façon dont je veux. Je vais donc faire une dissection digne de figurer dans un cas d'étude, afin que les choses soient bien claires.
Puisque, je vous préviens, nous allons en eaux troubles.
Sans en faire davantage, voici mes racines, ma matrice.
Voici comment s'est fait le monstre.
Je suis née dans une famille déjà dysfonctionnelle.
Ma génitrice venant d'une longue lignée consanguine dont elle n'a dit que le minimum, empêchant d'autres d'en dire davantage, elle a porté avec elle son lot de maladies plus ou moins déclarées, depuis la sensibilité de l'estomac jusqu'à la prédisposition à la psychose (Quelques cas de schizophrénie et de troubles bipolaires étant répertoriés, à ce que j'en sais.) et donc, travaillant de nuit, en milieu hospitalier, et auprès des enfants.
Mon géniteur, lui, a porté un bon sens volontaire, mais désarmé face à la complexité de la situation, et a préféré fuir, plutôt que rester. Sur ordre de son épouse, à ce que j'en ai su, mais avec son agrément, il est donc parti travailler à l'étranger. Démissionnaire -De la cellule familiale, non de son travail- il a laissé...
La fille ainée, née hors mariage, que je connais très peu. 11 ans de différences et pas mal d'incompréhension ont eu tôt fait de distendre les liens du sang.
Le fils. J'ai curieusement encore du mal à l'évoquer, ce dont je viens de m'apercevoir. Bref, ce fils, de 4 ans mon ainé, le favori -Si ce titre douteux peut être autre chose qu'ironique- de la génitrice.
Enfin, moi.
Je suis un accident. Mes parents ne faisaient plus même semblant de s'aimer lorsque j'ai été conçue (D'une fameuse beuverie, à ce qu'il m'en a été raconté) et ma génitrice a un jour insinué qu'au delà de ça, elle n'était pas d'accord ni pour ma naissance, ni même pour ma conception. J'avais 12 ans lorsqu'elle m'a lâché cette bombe, mais je m'avance un peu.
Je fus donc reléguée à la chambre d'amis, laissée à garder par les voisins dans la journée, la grande soeur la nuit la plupart du temps.
On m'a dit que j'étais née très laide, et que j'étais devenue une vraie poupée vers mes 4 ans. Une soudain très jolie petite fille.
Jusqu'à mes 4 ans, hormis quelques souvenirs sordides... Comme ma mère qui me met la tête sous l'eau dans mon bain, mais loin s'en faut pour jouer. Du moins, l'enfant que j'étais n'en ressentait que de l'angoisse, mais à cet âge là il est difficile de se souvenir vraiment. Jusqu'à mes 4 ans donc, j'ai eu une enfance passablement solitaire, mais normale.
Cependant, lors de ma "transformation" en jolie poupée, ma génitrice a commencé à avoir des réactions de rejet encore plus marquées envers moi. Elle m'a laissée de plus en plus à droite, à gauche, en attendant qu'elle se réveille durant l'après midi (après avoir travaillé la nuit, donc), parce que le son de ma voix lui était sinon insupportable.
Hors, une enfant laissée seule, dans ces conditions, attire statistiquement davantage les individus mal intentionnés. Je n'ai pas fait exception, et un des -encore très jeune, adolescent alors- voisin a abusé de la petite fille que j'étais, sous couvert d'un jeu, et du secret.
Je me souviens très nettement d'avoir voulu, en rentrant, le dire de suite à ma génitrice. Elle regardait la télévision, et son ton à ma demande d'attention a été pour moi un couperet. Je me suis tue.
Un peu de temps passa. Mes souvenirs sont assez flous encore sur cette période, les traumatismes ayant longtemps été relégués dans un coin de mon esprit et déniés. Mais je sais que, comme pas mal de gosses, j'ai joué au docteur avec un cousin d'à peu près mon âge, vers mes 6 ans. Cependant, ça s'est su.
Ma génitrice a très violemment réagit, et accumulant ce fait à la précocité de mes activités masturbatoires (Ce que j'ai su plus tard être une séquelle de la première agression), a considéré donc que la fillette que j'étais, n'était qu'une trainée, et devait être considérée comme telle.
J'ai essuyé alors des injures, des humiliations à caractère sexuel (Comme de devoir lui montrer, à sa demande et dans l'immédiat, quelque soit la position ou les personnes alentours tout ou partie de mon corps) et des attouchements sous couvert de soin. Jusqu'à aller au viol, avec un doigt.
A m'en rappeler, ça a été l'un des moments les plus terrifiants de mon existance. Mais le raconter me ferait immanquablement revenir à de l'émotionnel, je le ferai peut être dans un article plus tard. Pas maintenant.
Je ne pense hélas pas que le fils de mon géniteur et de ma génitrice -Désolée de la longue désignation- n'aie pas subit de pareilles choses. Il reste que, lorsque ma soeur est partie de la maison, vers mes neufs ans, ma génitrice m'a imposé de dormir avec lui lorsque ce n'était pas elle -Ma génitrice- qui le faisait.
Le lecteur attentif ou connaissant déjà la problématique des familles dysfonctionnelles saura sans doute deviner ce qui s'est déroulé ensuite. J'ai eu donc un troisième agresseur, en la personne d'un individu que je prenais alors pour celui qui me protègerait du "Dragon" (Comme je nommais ma génitrice en secret).
Et, à partir du moment ou il a eu "accès" à moi, le fils de ma génitrice a perdu toute notion affective à mon égard. J'étais devenue sa petite pute, une trainée, une moins que rien.
Dans l'état ou j'étais, je pensais mériter. J'avais connu, plusieurs fois, on m'avait appris à écouter ma mère. Celle qui en remplissait le rôle légal et biologique ne faisant que confirmer ces dires, j'y ai cru.
Extérieurement, à cette époque, j'étais une enfant fuyante, renfermée, mais pas pour autant asociale. J'avais, disons, une capacité affective limitée, et je m'attachais à un ou deux. J'étais aussi la tête de turc, car d'un manque d'énergie et de volonté à me défendre assez flagrant. Il faut préciser, je pense, que je n'avais vraiment aucun souvenir conscient des agressions subies, mis à part la première, par "l'étranger". Je savais quelque part, je redoutais, je ressentais, mais le mot flottait. Lointain, flou, comme moi-même je flottais dans mon corps. J'étais absente.
Vers mes 12 ans, mon grand père paternel, un homme qui m'avait laissé joué telle l'enfant que j'étais (Au foyer familial, je n'avais plus l'âge, ou je faisais trop de bruit, ou je faisais mieux de faire mes devoirs) est décédé.
J'en ai été choquée, ébranlée, et pourtant j'y ai trouvé une certaine fore. Comme si la perte de ce repère avait fait bouger en moi un mécanisme de survie. En rentrant de l'enterrement, j'ai demandé à ma génitrice de ne plus dormir avec son fils.
Contre toute attente, elle a accepté. C'est là ou, pour l'une des premières fois, j'ai pu voir son propre déni de l'anormalité de sa famille. Son regard s'est vidé (Je veux dire, vraiment, comme si l'âme derrière avait fuit. Difficile à décrire, si vous l'avez déjà vu, vous comprendrez je pense). Elle a accordé, et est partie faire quelque chose sans rapport, et elle a oublié. Oublié qu'un jour, elle m'avait envoyé dormir avec son fils.
Son fils est passé d'une violence à une autre. Je venais en cours couverte de bleus. Mais j'avais déjà appris à nier moi même, à cacher à tous les yeux, y compris les miens. Je ne voyais rien d'anormal.
Une "anecdote": Lors d'un travail d'été, deux jeunes gens de mon âge (Environ 15 ans) ont ni plus ni moins tenté de me violer. J'ai réussi à me défendre, ayant l'habitude de me battre et eux ne se doutant sans doute pas du tout que j'allais me défendre.
Cet évenement n'a strictement pas provoqué de réponse émotionnelle en moi. C'était "ordinaire". Maintenant, j'en serai plutôt fière, mais encore une fois je raconterai à part.
A 16 ans, j'ai suivi mon premier amour dans son foyer social, ou je me suis très bien accoutumée aux codes sociaux très précis de ces endroits. Je suis restée scolarisée, et je ne relevais pas l'anormalité de ma propre situation. Même si je somatisais. (Tous les cours avec un professeur en qui j'avais particulièrement confiance et qui ne représentait "aucun danger" car paraplégique, je vomissais.) J'y suis restée un moment jusqu'à mes 19 ans, à la rupture.
Il m'avait trompée, deux fois, et j'étais encore comme une bête blessée de ma fausse couche. La première fois ou il m'a trompée s'était d'ailleurs déroulée sous mes yeux, et j'en ai fait une bouffée délirante aigue passée plus ou moins inapercue, ou comme une façon de me "rendre intéressante".
J'étais à la fac, je l'ai abanonndée, premier accident dans ma scolarité jusqu'à présent lisse. Je suis entrée en école d'infirmière un peu sans trop savoir quoi faire, je m'y suis révélée douée. Ma génitrice s'en est révélée jalouse.
Lezs conflits furent pourtant plus larvés. Son fils avait plus ou moins cessé de me frapper -Je rendais les coups avec une certaine réussite, mais sa haine était là. Ma génitrice avait perdu le poids qu'elle avait sur nos esprits d'enfants devenus adultes -Et moi dotée d'un très sale caractère- elle se contentait d'un rôle plus pervers, de manipulation, culpabilisation.
Vers mes 20 ans, son fils a tenté de me tuer. Il a essayé de m'étrangler, un soir, dans la cuisine. Il n'a pas réussi, parce que j'étais justement occupée à tartiner quelque chose -Ce couteau m'aura sauvé la vie- mais j'ai écopé d'une voix rauque et d'immenses marques de bleus, en forme de pouce. En les montrant à ma génitrice qui m'accusait de mentir au propos de la violence de son fils, ce fut la seconde fois que je vis ses yeux se vider, et elle se détourner.
Je parlais à ma directrices d'école. Elle devait deviner, par l'habitude du métier, que quelque chose de sale couvait sous mon histoire, sous mes absences fréquentes pour aller zoner à droite ou à gauche sous prétexte de maladie.
Elle tenta une consilliation qui dura quelques mois, pour apaiser la cocotte minute que j'étais en train de devenir. Je craignais de revoir les fantômes que j'avais vus plus jeune, et d'achever de devenir folle.
Ce fut une décision de mon père qui trancha. Il revint, et demanda soudain le divorce. Ma génitrice m'en demanda de travailler pour lui payer un loyer -Ce qui dans mon état était incompatible avec mes études- sans doute parce qu'elle craignait de perdre en niveau de vie.
Quand j'ai eu certitude que son fils qui lui, travaillait déjà, n'aurait rien à lui payer, je pris deux valises, donnais un coup de fil à mon meilleur ami alors très loin, qui logeait dans une ville à l'autre bout de la France.
Et je suis partie.
Une bribe de diplome en poche, deux centaines d'euros, un billet de train sans retour.
Je m'installais, trouvais cahin caha du travail. Mais surtout, loin de la pression familiale, le déni sur mon enfance s'effritait petit à petit. Des images revenaient me hanter, et je pensais être effectivement devenue folle.
Là, il est difficile pour moi de tout démêler. Mais grace à du soutient et à pas mal de courage, ainsi que parfois quelques refuges artificiels que je ne peux nier, j'ai fini par poser tout ce "bagage psychique" sur la table. Dégueuler, disais-je à cette époque.
Me voilà à présent. Je suis majeure, adulte, responsable, installée chez moi, encore bien jeune, encore plein de projets.
Je passe dans la foule comme beaucoup de gens, inaperçue. Mon histoire n'est pas gravée sur mon visage.
Je ne suis pas un fantôme pleurant dans un asile, ou quelqu'un dont la vie est "tellement gachée qu'elle aurait mieux fait d'en mourir".
Je ne suis pas une martyr.
Je ne suis pas un "ange aux ailes brisées" (Non mais pitié...)
Je veux juste exposer, parce que je me refuse désormais au silence.
Je veux dire, non, ça n'arrive pas que dans les films.
Non, les bourreaux d'enfants ne sont pas des monstres lointains. Ils sont des pères, des mères, des frères, des oncles, des amis de la famille, des gens si gentils.
Non, les enfants violentés ne sont pas évidents à voir. Mais ils ne sont pas si cachés. Beaucoup ferment les yeux.
Un jour, le fils de ma génitrice m'avait frappée dans le jardin. La voisine avait vu. La voisine m'a dit de me taire.
Tous les voisins entendaient mes cris. Aucun n'a bougé. Certains les ont justes rapportés à ma génitrice, qui elle, s'arrangeait pour que je ne crie pas lorsqu'elle me corrigeait parce que j'égratignais l'image de la famille parfaite.
Les familles telles que la "mienne" ne sont pas si visiblement tordues. Non, ce sont des gens si respectables. Ils "ont des problèmes comme tout le monde".
Je n'ai pas parlé, enfant.
Personne n'avait posé la question.
vendredi 2 janvier 2009
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